Ysabelle Gomez « Inside », au coeur de l’Esperanza

Ysabelle Gomez « Inside », au coeur de l’Esperanza

Militante Greenpeace depuis la création du groupe local Réunion en 2013, partir en mission avec l’ONG faisait partie des rêves de la photographe Ysabelle Gomez. Une campagne dans l’Océan Indien à bord du navire Esperanza lui a permis d’expérimenter de l’intérieur la vie des activistes. Elle en a ramené une expo, intitulée Inside.

Des clichés bruts, pris sur le vif, jouant avec les ombres et la lumière. Incontestablement, c’est par le noir et blanc que Ysabelle Gomez exprime le mieux son sens esthétique… et ses convictions. Entre deux mille photos, vingt-huit ont été retenues pour l’expo. Mi-documentaires, mi-artistiques, elles se lisent, au sens propre comme au figuré. Dans leur placement d’abord : les quatorze premières, à la façon d’un reportage, traitent de la vie à bord et des actions quotidiennes ; les quatorze suivantes sont plus personnelles et relèvent du travail d’auteur qu’affectionne la photographe. Ensuite, chacune d’elles est accompagnée d’un texte permettant de mieux appréhender la scène immortalisée.

Lorsqu’il y a deux ans, Greenpeace cherche à recruter des volontaires parmi les militants de la Réunion pour une expédition dans la zone Océan Indien, Ysabelle Gomez est de suite partante. Enfin, presque. Marquée par l’affaire du Rainbow Warrior, elle sait que des risques existent, hésite un peu, s’inquiète pour son fils alors âgé de six ans. Néanmoins, le besoin de concrétiser son engagement l’emporte.

En avril 2016, elle embarque pour un mois sur l’Esperanza, l’un des trois navires de la flotte Arc-en-ciel de Greenpeace, au départ de Diego-Suarez. Entre l’équipage permanent du bateau et l’équipe de campagne, ils sont trente-cinq hommes et femmes à bord, activistes, militants. Une petite communauté de dix-sept nationalités, partageant les mêmes valeurs. « À bord, il y a une vraie énergie Peace & Love. Tu oeuvres », se souvient-elle. Chacun ses tâches, pour sa part Ysabelle n’est pas là en tant que photographe, mais chargée du poste de commis de cuisine.

Le but de cette mission ? Dénoncer les pratiques destructrices de la pêche industrielle en interceptant des DCP dérivants, ces dispositifs de pêche où viennent se concentrer des bancs de poissons, contribuant ainsi à la surpêche actuelle. Les vingt-huit DCP récupérés (sur des milliers) ont été démontés, le matériel pouvant être utilisé pour la pêche re-distribué à des pêcheurs malgaches, le reste des matériaux recyclé en lampes solaires ou en chargeurs.

« Cette expérience, c’est l’accomplissement d’un rêve : rencontrer des gens du monde entier unis par une cause internationale. Elle m’a enrichi, nourri », raconte Ysabelle. « Comme dans l’histoire du colibri, j’avais l’impression de faire ma part. Ce n’était pas une croisière. La promiscuité, les odeurs, le travail intense… Laver la vaisselle et préparer les repas n’était ni de tout repos ni très marrant, et pourtant j’avais le smile tous les jours, je me sentais utile ».

Pendant ses pauses, elle arpente le bateau pour réaliser des prises de vue, saisissant l’instant, l’attente, les victoires, les tâches quotidiennes, les moments de détente… Un travail en immersion, révélant sa vision personnelle et ses ressentis d’une campagne vue de l’intérieur, et le besoin de témoigner via l’image. L’expo porte un message sociétal et pédagogique et cible les parents, les jeunes, les enfants… « Le but est aussi de témoigner du positif, et d’amorcer une prise de conscience sur la provenance des produits que nous consommons, afin de laisser derrière nous un monde meilleur ».

Depuis, Ysabelle Gomez a repris une vie normale, entre travaux professionnels et d’auteur. Reste que cette expérience l’aura marqué, bien plus que tout ce qu’elle a réalisé jusque là. À la demande du groupe local, elle est devenue co-coordinatrice pour la Réunion et fait le lien entre les militants locaux et Greenpeace France. L’expo doit tourner encore quelques mois (en septembre 2018 à la galerie Artefact à St Denis).

Premier D.C.P récupéré et transformé. La vigie se fait sur « Monkey Island », le pont le plus haut du navire, de 5h30 à 17h30, sous le soleil austral. Une partie du DCP est donc transformée en ombrière.
Loes (Hollande – Matelot volontaire). 13ème jour de mission, il est 14h, l’ombre apportée par le premier D.C.P transformé est nécessaire à cette heure-ci de la journée. La vigie consiste à chercher des petits points noirs dans l’océan qui correspondent aux flotteurs du DCP.
Thuleka (Afrique du Sud – Officier chargé du Quart). Elle fait le lien entre le pont et le capitaine et doit s’assurer, entre autres, avant chaque utilisation du zodiac que tout est conforme en terme d’équipements de survie et de sauvetage. Une fois que sa «check list » est remplie, le bateau est prêt à l’usage.
Delwyn (Afrique du Sud – Activiste). Ce jour là, cinq D.C.P ont été trouvés. Delwyn a trouvé le quatrième de l’expédition qui en comptera vingt huit au final.
Vitrail sur le hublot du mess (salle à manger). Rappel de la mission qui est avant tout basée sur la vigie. Vigie pour les D.C.P mais pas que : nous sommes, pour une bonne partie de la mission, dans une zone à très fort risque de piraterie.
Franck (Angleterre – Responsable action) faisait partie des trente membres d’équipage «ARTIC 30» qui ont été arrêtés et emprisonnés en Russie en 2013 alors qu’ils protestaient contre le projet de forage en Arctique. Il a fait deux mois de prison pour son engagement.
Par Brigitte Terral
Photos : Ysabelle Gomez

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