Le Mustang népalais: territoire préservé de l’Himalaya

Le Mustang népalais: territoire préservé de l’Himalaya

Les habitants du Mustang, qui ont conservé leur culture tibétaine authentique, vivent dans une nature grandiose, aux contours érodés par des siècles d’activité géologique et surmontés de majestueux sommets enneigés.

Le Mustang est une région montagneuse encore peu connue du nord-est du Népal, un petit territoire du bout du monde abrité par la barrière de l’Himalaya, dont les plus hauts sommets dépassent les 8000 mètres.

Cette chaîne mythique de montagnes le protège de la mousson indienne, mais n’empêche pas les vents de s’engouffrer entre les crêtes des Annapurnas et du Dhaulagiri. C’est ce qui confère à ces terres ce caractère aride et désertique et sa géographie hors du commun. Comme un hymne permanent au divin, les drapeaux à prières sont ici omniprésents, comme partout dans l’Himalaya. D’accès encore difficile par une piste de terre et de roches, à flanc de falaise et bordée de précipices, le Mustang récompense le voyageur qui ose s’y aventurer par des paysages époustouflants.

Le Mustang, actuellement peuplé de moins de 20 000 habitants sur un territoire à peine plus grand que l’île de La Réunion, n’est accessible aux étrangers que depuis 1991. Il était jusqu’alors surnommé le royaume interdit. Indépendant jusqu’en 1951 où il est devenu un royaume vassal du royaume népalais, il est resté très proche du Tibet frontalier par sa langue, sa particularité ethnique et sa culture, et c’est pourquoi le gouvernement népalais souhaite le préserver d’un trop grand afflux touristique afin de conserver sa culture d’origine et son environnement.

La monarchie a été abolie au Mustang en 2008, depuis que le Népal est devenu lui-même une république démocratique. Le fils du dernier roi du Mustang, décédé en 2016, indique que les Mustangi sont “politiquement népalais mais naturellement tibétains”. Aujourd’hui pour accéder au Haut Mustang, territoire de l’ancien royaume, il faut un permis spécial payant dans le cadre d’un quota limité à environ 4000 touristes par an.

Il est cependant possible de découvrir le Mustang sans ce permis, en restant dans sa partie basse jusqu’à la ville de Muktinah, ce que nous vous proposons ci-après. Le voyage peut se faire en moto ou quatre-quatre, en trek ou à vélo.

Il faut quitter Katmandou, la capitale du Népal peuplée de 3,4 millions d’habitants, pour rejoindre Pokhara, point de départ de la plupart des expéditions de l’ouest de l’Annapurna mais aussi de l’Everest. Pokhara, qui n’était encore accessible qu’à pied dans les années 1960, est devenue une grande ville de plus de 400 000 habitants. Les touristes se concentrent dans les rues commerçantes qui longent le lac. De nombreuses boutiques vendent de l’artisanat tibétain, des écharpes en cashmere et pashmina, mais aussi tout le matériel nécessaire pour les trekkeurs. Cette ville offre déjà une vue magnifique sur les Annapurnas Sud.

De Pokhara, il faut remonter la rivière Kali Gandaki qui sera le fil conducteur jusqu’à la limite du Haut Mustang, sur une piste creusée à flanc de falaise qui longe les gorges les plus profondes du monde. Cette vallée était autrefois une route commerciale entre l’Inde et le Tibet, en particulier pour le sel. La rivière Kali Gandaki prend sa source sur le territoire du Mustang à une altitude de 5000 m et son nom signifie « eau noire ». Sa couleur est en effet assez sombre, mais c’est cette eau qui apporte la vie dans cette vallée et la rend fertile. Mustang signifie d’ailleurs « la plaine fertile ». Les paysages de la vallée sont grandioses et évoluent au fur et à mesure de la montée en altitude. D’abord verdoyantes, abritant une forêt luxuriante, avec quelques cascades et ponts suspendus, les montagnes se font plus minérales à partir de 3000 mètres, avec des déclinaisons de couleurs d’ocre et une végétation quasi inexistante.

Quelques kilomètres après le petit village de Marpha, on rejoint Jomson, chef lieu du district du Mustang. Plus grande ville du Mustang (moins de 10 000 habitants), elle possède un petit aéroport, car c’est aussi le point de départ des treks pour le Haut Mustang, ou ex royaume interdit.

À moins de deux heures de marche de Jomson se trouve un joli lac turquoise qui mérite un détour et vous plonge au cœur d’un paysage somptueux, avec vue sur les monts Nilgiri et Dhaulagiri.

Avant de rejoindre Muktinah à 3800 m d’altitude, on vous recommande une visite au monastère bouddhiste de Kagbeni, au pied du mont Nilgiri. Les moines reproduisent les rituels ancestraux du bouddhisme tibétain implanté au 8ème siècle. Le Mustang est probablement le seul endroit au monde où les traditions bouddhistes tibétaines n’ont subi aucune altération, alors que le Tibet tout proche a reçu l’influence chinoise.

La route se poursuit jusqu’à Muktinah, où l’on roule au pied de la plus haute chaîne de montagne du monde. Cette portion de route est la seule asphaltée car Muktinah est un lieu de pèlerinage très prisé des Népalais et se doit d’être plus facile d’accès. Cette petite ville située à 3800 m d’altitude est un endroit qui semble bien loin de tout, où les Népalais viennent se recueillir, prier et se purifier.

De retour à Katmandou, le contraste est saisissant avec le Mustang désertique. Cette ville, mondialement célèbre dans les années 1960, emblème des hippies, est aujourd’hui surpeuplée et très polluée. Les habitants, dont nombreux sont ceux qui ont émigré dans la capitale pour fuir la pauvreté des campagnes et des montagnes, vivent dans une brume de pollution quasi permanente. Katmandou se remet également petit à petit du tremblement de terre d’avril 2015, qui a endommagé certains de ses superbes monuments classés au patrimoine mondial de l’Unesco. C’est une ville étonnante, un mélange de constructions anarchiques et de quartiers historiques à l’architecture préservée, avec des places royales et des petits temples où les cérémonies religieuses sont quotidiennes. Véhicules divers, deux-roues, piétons et même vaches nonchalantes s’y croisent dans un vacarme incroyable.
Katmandou n’est pourtant qu’à quelques minutes en avion du toit du monde, l’Everest, le plus haut sommet de la planète qui culmine à 8848 mètres dans la chaîne de l’Himalaya, témoignage vivant de la rencontre qui a eu lieu il y a plus de 40 millions d’années entre les deux plaques continentales indienne et asiatique.

Le Népal est riche d’une nature exceptionnelle, qu’il entreprend de préserver en créant des zones protégées comme il le fait avec le Mustang. La nature nous montre dans ce pays la grandeur de ses paysages somptueux et millénaires, mais aussi la vitesse avec laquelle la seule action de l’homme moderne, qui ne sévit que depuis un peu plus d’un siècle, peut l’altérer… Un tourisme de luxe est actuellement en train de se développer pour se fondre dans la nature, dans ce qu’elle a de plus pur. Les Népalais ont pris conscience de la valeur incroyable des montagnes qui les entourent et de l’intérêt de conserver leur authenticité.

Texte : Sophie Vallée
Photos : Serge Marizy

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