Caro et Gui : le design made in Réunion

Caro et Gui : le design made in Réunion

En symbiose à la ville comme à la création, le duo créo-politain apporte sa patte novatrice au design réunionnais.

Elle, c’est Caro (Caroline Grondin) et lui, c’est Gui (Guillaume Avarguez). La réunionnaise et le Parisien se sont rencontrés à Montréal. Dans la métropole bouillonnante, le couple, branché design d’intérieur, meuble et décore son appartement d’un style unique. Il fabrique, elle chine. Le succès auprès des copains les convainc de concrétiser leur désir de se lancer ensemble dans le design de meubles et d’objets. Contre toute attente, le projet né à Montréal prendra vie. En effet, Caro, qui a oublié de renouveler son visa, doit quitter le sol canadien. Sans doute l’envie de faire connaître à Gui son île natale y était-elle pour quelque chose ? APPRT2 (leur marque, un clin d’oeil à leur appartement de Montréal) est leur ADN, un melting-pot de leurs expériences et de leurs personnalités : un peu de tropical, un peu de moderne. Interview croisée.

Quelle est votre perception personnelle du design ?

Caro : Pour moi, c’est un mode de vie. C’est omniprésent dans ce que je fais, là où je vis, où je vais en vacances, dans ce que je mange. C’est joindre l’utile à l’agréable, le beau au pratique. Ce n’est pas du snobisme.
Gui : Il y a deux écoles, l’une qui dit que le design doit d’abord être fonctionnel, puis beau. L’autre qui dit le contraire : ça doit d’abord être artistique, puis utile. Je suis d’accord avec les deux ! Ma vision est avant tout esthétique, mais je voudrais créer des objets du quotidien qui seraient à la fois pratiques et perçus comme des oeuvres d’art.

Quelle sont les périodes de l’art que vous préférez ? Qui vous inspire ?

Caro & Gui : Nous sommes issus du graphisme. Le travail de Mondrian va nous scotcher, pourtant ce ne sont que des lignes et des carrés. La période Art Déco nous inspire énormément, la période Bauhaus également. Ce sont les deux styles dont nous sommes les plus proches dans nos créations avec d’une part le côté angulaire du Bauhaus, des lignes strictes, l’empilement de formes géométriques, beaucoup de noir ; d’autre part le grain de folie de l’Art Déco, les formes arrondies, le côté chaleureux que nous exprimons par le bois. Comme dans ces deux mouvements, on retrouve chez nous l’idée de répétition. Mais on va être inspirés autant d’un mouvement artistique que de la matière à travailler. Un bout de bois peut nous faire ‘triper’, et être le point de départ de l’objet.

Parachutés de Montréal à la Réunion, comment avez-vous perçu l’île au niveau culturel ?

Caro : J’ai été agréablement surprise en revenant ici après dix ans d’absence. Il y a eu de grandes avancées dans les arts, la musique, la danse, le théâtre… Il y a une vraie dynamique ! Bien sûr, ici, nous avons une vie culturelle moins importante qu’auparavant, mais notre rythme n’est plus le même. Avant, on s’inspirait de toute cette culture que la ville nous proposait, ici on s’inspire de la nature et de la rencontre avec les gens. Finalement, on est un peu plus dans le vrai, on va plus à l’essentiel. Le silence, les formes et les couleurs de la nature nous insufflent une autre forme de créativité.
Gui : C’est vrai que lorsqu’on passe d’un grand pays à une île, on se prend une petite claque culturellement. Après, elle est inspirante cette île, d’une autre manière. Et grâce à internet, on reste ouverts sur le monde. Mais je n’ai pas encore fait le deuil de mon côté citadin (rires).

Vous avez choisi de travailler avec des matériaux et des artisans locaux. Quelle est la finalité ?

Gui : Plusieurs corps de métier interviennent par meuble : ferronniers, ébénistes, thermo-laqueurs, soudeurs. C’était une volonté d’avoir ce story-telling réunionnais…
Caro : …et de se construire une vraie identité créole. On fusionne matériaux (bois de letchis, de tamarin) et savoir-faire locaux au design, pour aboutir à quelque chose de plus contemporain.

Ces artisans adhèrent-ils à votre vision ?

Gui : Ce qu’on leur demande est un peu nouveau. Ils s’arrachent parfois les cheveux (rires) mais ils sont contents de le faire. Il y a une compréhension mutuelle, on a instauré un climat de confiance.
Caro : On est très pointilleux, mais on a aussi beaucoup de choses à apprendre d’eux, cela donne un bel échange.

C’est quoi le style APPRT2, comment est-il reconnaissable ?

Caro : Notre identité graphique, c’est le vide/le plein, le léger/le lourd. Le vide et le léger avec les pieds des meubles : les arêtes sont libérées, l’air circule. Le plein et le lourd avec des plateaux de bois massifs. Donc la contradiction : « c’est le léger qui porte le lourd ». Ça respire, on n’est pas enfermés. Nous ne vernissons pas le bois, cette matière vivante se patine et évolue avec le temps.
Gui : C’est très dur d’avoir du recul sur notre propre création. On peaufine notre patte au fur et à mesure. On a ce côté fait-main qui fait que tout est unique, on ne fait pas de ‘mass-prod’. On ne recherche pas la perfection ou l’unité constante.

Comment envisagez-vous le développement de APPRT2 ?

Caro & Gui : L’étape suivante serait de valoriser le made in Réunion à l’international. On aimerait présenter notre prochaine collection dans les salons de design contemporain, avec notre estampille 100% Réunionnaise.

APPRT2 : 30 rue Jules Auber à Saint-Denis – 0262 23 76 06

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C.V. EXPRESS

Caro, 31 ans
À dix-huit ans, après l’obtention de son Bac, cette Dionysienne quitte la Réunion pour continuer ses études à Paris. Après un séjour de six mois à Rio, elle revient à Paris valider ses deux Masters (elle est diplômée de Intuit.Lab Paris). Puis, elle bosse en free-lance dans le graphisme, l’édition (elle a fait ses armes chez Biba), l’identité de marque (logo, développement, etc.), à Paris comme à Montréal.

Gui, 32 ans
Ce Parisien formé en design et stratégie publicitaire a travaillé pour de grandes agences de pub à Paris (Saatchi & Saatchi, Young & Rubicam) avant de se lancer en free-lance dans la direction artistique de galeries d’art et de groupes musicaux. À vingt-quatre ans, sac au dos, il quitte Paris pour Montréal, où il bosse en agences d’édition, puis monte sa propre agence digitale avec des Québécois.

Par Brigitte Terral

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